Chronique d'une traversée annoncée

Vendredi 27 mai : Almerimar - Herradura (7 h)

Très joli port. Hier soir en allant au restaurant, j'ai repéré quelques boutiques, dont Quicksilver. Sitôt le petit déjeuner fini, je saute sur le quai pour aller acheter quelques fringues, avant de passer au supermarché faire les courses.
Pendant ce temps, les garçons préparent le bateau. A mon retour, je trouve Zaco subjugué par une Italienne surgie du bateau voisin, qui essaie de faire marcher un espèce de cerf-volant en sautillant comme une damnée sur le quai. Depuis le pont de leur bateau, son copain la regarde avec un sourire indulgent. C'est assez étrange le spectacle de cette femme de 30 ans, qui gesticule comme une enfant, et surtout, qui pousse un cri strident tout en éclatant de rire à chaque fois que son pantalon tombe un peu, révélant ce qu'un pantalon qui tombe révèle toujours dans ces cas-là. A chaque fois, elle se rhabille d'une main et repart de plus belle, sans envisager une seconde de changer de pantalon. Elle s'arrête pour discuter avec nous 5 minutes. Cela fait déjà 5 mois qu'ils ont pris la mer, au départ de la Grèce, et ils sont en route pour les Canaries où ils vont passer le reste de l'année. Ca fait rêver.

Boub nous fait signe de nous préparer. On va d'abord faire le plein de gasoil : à 60 centimes d'euros au lieu des 90 du début, les économies sont substantielles.

Dès la sortie du port, il faut contourner le cap. Je prends la barre. Je sais que Boub me surveille du coin de l'oeil, car il ne veut pas que je passe trop près de la côte. Moi, ça me soûle de faire des grands contournements à chaque fois qu'on doit passer un cap. Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas couper en ligne droite. C'est pas comme ça qu'on navigue paraît-il. Mais je suis une adepte de l'apprentissage par l'erreur ; alors tant que je n'aurai pas fracassé un bateau contre les rochers en voulant prendre le chemin le plus court, je ne serai pas convaincu que ce n'est pas jouable.

La mer est d'huile, le temps radieux, et nous n'avons plus que deux jours pour profiter de ce voyage. L'arrivée prochaine à destination nous rappelle que nous devons réparer le Zodiac. C'est bien sûr Fred qui s'y attèle : il change la corde du lanceur et certaines pièces du carburateur. Facile !
Zaco a alors pour mission de nettoyer le dessous du zodiac, et là, c'est plus laborieux. Dans une position inconfortable, il ahane sous le zozo, à essayer de gratter tout ce qui s'est fixé sur la coque. J'ai le malheur de lui prêter une de mes robes de maillot pour lui éviter de se racler le dos sur le pont du bateau, je la récupère en lambeaux.

Le spectacle de Zaco moulé dans ma petite robe a inévitablement fait surgir l'expression « pédé comme un foc ». Les garçons sont surpris d'apprendre qu'il ne s'agit pas d'un phoque mais du foc d'un bateau. En l'absence de dictionnaire, ils finissent tout de même par me faire confiance, et disent qu'ils ne verront plus jamais les phoques de la même façon.
La veille Boub nous avait appris que pour un bateau, on ne dit pas « ravitaillement » mais « avitaillement ». Je me dis qu'il manque vraiment un dictionnaire à bord.

La météo annonce Force 7 pour dimanche. Il faut impérativement traverser le détroit pour arriver à Tanger samedi, autrement, on est bloqués en Espagne jusqu'à lundi.
Zaco a son vol retour depuis Malaga, il faudra donc le déposer sur le chemin.
La soirée se passe sur une discussion sérieuse : on rentre au port de Tanger ou au port de Marina Smir ?
Je préférerais arriver à Tanger, mais Boub n'est pas très rassuré de rentrer dans un port aussi compliqué, sachant que Zaco ne sera plus avec nous, et qu'il devra donc compter sur moi à 100% pour les manoeuvres. Si c'est pas vexant, ça ! Lui et ma mère se sont donné le mot. Mais je ne laisserai pas ce manque de délicatesse me gâcher mon plaisir. Après tout, Tanger ou Marina Smir, c'est le Maroc.

La suite...

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