Chronique d'une traversée annoncée

Samedi 28 mai : Herradura - Marina Smir (7 h)

Allez, cap sur le Maroc en faisant un stop à Benalmadena pour larguer Zaco. J'appelle mes cousines qui vivent à Benalmadena pour leur proposer de passer boire un verre vite fait, mais elles sont sur répondeur. Tant pis, j'aurai tenu ma promesse de les appeler.

Zaco nous fait ses adieux sur le quai, et Boub note méticuleusement sur son livre de bord « Débarquement Jean-Marc Cauzac ». On reprend la route, à trois cette fois-ci. Il est 11 h 30, arrivée prévue à Marina Smir à 16 h.

La dernière surprise du voyage et sans doute la plus belle est encore à venir : après 2 heures de navigation, alors que nous nous rapprochons du détroit, j'entends les moteurs qui ralentissent. Boub vient de distinguer à la surface de l'eau un jet d'eau. Un cachalot ! On est surexcités, survoltés. Le bateau fait un grand cercle pour nous rapprocher au maximum du mammifère, lentement pour ne pas l'effrayer. On est maintenant à une distance qui nous permet de bien le voir. Le monstre d'une dizaine de mètres « barbote » sous nos yeux ébahis. Nous devons absolument prendre une photo, sinon Zaco ne nous croira jamais ! Lui qui a guetté le gros pendant toute la traversée, il va être vert.
C'est incroyable comme vision, et je ne peux m'empêcher de me demander quel effet ça me ferait si j'en croisais un sous l'eau. On prend confiance, on essaie de se rapprocher un peu plus. On est trop gourmands, le mammifère sent la présence du bateau et sonde aussi sec. Mais ce qu'on a vu était déjà extraordinaire, et on est heureux. Entre savoir que le détroit est un lieu de passage de gros, et le constater de visu, il y a une grande différence. Ce bel intermède conforte Boub dans l'idée qu'il y a un véritable intérêt à plonger dans le détroit.

L'autre grande caractéristique du détroit ne va pas tarder à nous sauter également aux yeux : d'énormes cargos se profilent dans le rail. Il faut décider si on passe devant ou derrière. A cette distance, je suis incapable de juger de ce qui est le mieux. J'y arrive déjà difficilement quand je suis assez prêt et confrontée à un bateau du même gabarit que le nôtre, mais là, franchement. Je cède la barre à Boub, qui a décidé qu'on passerait devant. J'en suis ravie, car je n'ose pas imaginer la vague que ces monstres vont laisser dans leur sillage, et je n'ai aucune envie de valser là-dessus.

Nous passons au large de Ceuta, enclave espagnole sur le territoire marocain, et nous voilà dans les eaux territoriales marocaines. Il faut changer le pavillon de courtoisie. Nous hissons le drapeau marocain, et moi qui n'ai jamais été très nationaliste, je me surprends à être émue par ce petit bout de tissu rouge qui flotte au vent. Un peu comme si ce drapeau scellait un rêve et un travail de plusieurs années.

Nous sommes dans la baie de Fnideq, et le port de Marina Smir est en vue. Dans une heure, nous y serons. Je regarde avec bonheur la côte marocaine. C'est bon d'être ici. Les couleurs, les odeurs, le soleil. tout a une saveur particulière pour moi, et je savoure ces premiers instants.

Nous voilà arrivés. La Marina est ravissante. J'avais beaucoup entendu parler de ce haut lieu de vacances de la bourgeoisie marocaine, sans jamais y être venue. Je mourrai moins idiote. Nous accostons au ponton d'accueil pour remplir les formalités de police et de douane. Boubker saute sur le quai avec nos passeports, et pendant ce temps, je passe un coup de fil à Patricia et Laurent, qui doivent être tout juste sortis de l'église. J'ai longtemps hésité entre faire la traversée ou assister à leur mariage, et comme ils m'ont assuré qu'ils ne m'en voudraient pas, j'ai choisi la traversée.

Fred est ravi. Lui qui n'avait jamais quitté la France, il en est à son deuxième pays étranger en une semaine. Il a pris une semaine supplémentaire pour pouvoir visiter un peu. Je me rends soudain compte que je suis un peu trop dévêtue pour la culture locale et je remonte à bord enfiler une tenue plus adéquate. Ca tombe bien car Boub revient avec un marin qui doit nous indiquer notre place de port. La marina est quasi vide, rien à voir avec la marée de bateaux qui nous attendait dans chaque port espagnol. C'est certes très agréable pour notre petit confort personnel, mais très triste pour le tourisme marocain. Un port aussi joli et aussi vide alors que nous sommes début juin !
La place qui nous est attribuée ne convient pas tout à fait à Boub, qui explique qu'il a besoin de sortir le bateau deux fois par jour et qu'il préférerait une place plus en sortie directe. Le marin lui assure que cette place est royale, et pour cause, nous sommes juste à côté du bateau du roi. Nous sourions gentiment et décidons de voir ça plus tard avec la capitainerie.

A peine amarrés, des « hou hou » nous parviennent depuis le quai. Ce sont mes beaux-parents accompagnés d'un ami. Embrassades, accolades et premières questions sur le voyage.

Pour nous trouver, ils sont passés par la capitainerie, et le gardien leur a dit : « L'ingénieur ? Il a la place à côté du bateau de Sa Majesté». On éclate de rire. Puis, on se regarde avec Boub. Comment il sait que Boub est ingénieur ? La fiche de police, bien sûr !

Bienvenue au Maroc !

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